Objection Votre Honneur



Publié le dimanche 13 avril 2008


Dimanche 13 avril 2008

LA DÉMOCRATIE VA-T-ELLE TUER LA PLANÈTE ?

Nos démocraties sont-elles trop lentes, trop éprises de liberté et trop myopes pour adopter les mesures nécessaires afin de sauver la planète? Certains écologistes répondent par l'affirmative. D'autres rejettent les solutions autoritaires vertes et estiment au contraire que la crise en question vient du fait que nos sociétés ne sont pas encore assez démocratiques. Débat, à quelques jours du Jour de la Terre.

 

Québec -- Avec son livre intitulé The Climate Change Challenge and the Failure of Democracy (Le défi des changements climatiques et l'échec de la démocratie), publié avec Joseph Wayne Smith chez Praeger, David Shearman suscite la polémique en Australie. Selon ce médecin, professeur émérite à l'Université d'Adélaïde et militant écologiste depuis des lunes au pays des kangourous, c'en est assez. La démocratie, par son «indécision» chronique, a prouvé son incapacité à prendre les mesures nécessaires pour lutter contre la crise écologique en général et les changements climatiques en particulier. La «sacro-sainte démocratie libérale» nous donne «la liberté individuelle, et nous adorons cela», écrit Shearman. Ce régime se maintient, opine-t-il, «en donnant à la populace non seulement ce dont elle a besoin mais aussi beaucoup de superflu». Sauf que tout cela implique «une liberté d'exploiter la Terre et de la polluer».

Shearman cite un cas australien, celui de la rivière Murray Darling, complètement dégradée, et conclut que la «démocratie libérale» n'a pas réussi à la sauver. Et si, il y a dix ans, ce cours d'eau avait été confié aux diktats d'un expert scientifique, il en aurait été bien autrement, soutient-il. Fondateur d'un groupe nommé Doctors for Environment, Shearman y va d'une métaphore médicale: «Disons que vous êtes un patient aux soins intensifs; souhaitez-vous que toutes les décisions qui vous concernent soient prises par un expert en médecine ou par une commission démocratique? La science nous dit ainsi que la Terre va bientôt entrer en soins intensifs, à moins qu'elle n'y soit déjà.»

Cette logique a conduit David Shearman, en janvier, à célébrer le décret d'un «gouvernement autoritaire», celui de la Chine, d'éliminer d'ici juin les sacs de plastique. «Contrastons cette décision rapide avec le caractère indécis des démocraties», dit-il. Aux yeux de Shearman, tout est clair: si on considère l'incapacité des démocraties à réduire leurs émissions au cours de la dernière décennie, «croyez-vous qu'elles seront capables et même qu'elles voudront» faire les efforts prescrits par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC)? À toute personne qui répond par la positive, Shearman réplique: «Vous choisissez donc de faire fi du bilan d'incapacité de ces démocraties dans un vaste éventail de dossiers relevant de la gestion environnementale.» Les émissions dans les démocraties libérales ne cessent d'augmenter. Peu de pays respectent le protocole de Kyoto. Selon lui, il faut se rendre compte que «la liberté totale, c'est beau, mais ce n'est pas préférable à la vie». Pendant la guerre froide, la gauche américaine disait «better red than dead». Avec Shearman, c'est «better green... ».

 

Texte d'Antoine Robitaille, Le Devoir samedi 12 avril 2008



4 Commentaires :

Commentaire écrit le mercredi 16 avril 2008 à 09:22:58 (lien)
Accent Grave - www.accent-grave.blogspot.com
Sujet fort intéressant. Argumenter pour savoir si la démocratie est responsable ou non de notre immobilisme m'apparaît vain. Le mot sert les intérets, il illusionne.

Quand vienent les questions cruciales, nul besoin de consulter, il faut agir. Mais sachez que ce seront toujours les intérêts particuliers qui guideront les choix, jamais ceux de la collectivité.

Accent Grave


Commentaire écrit le lundi 14 avril 2008 à 15:38:20 (lien)
filou - materre a deux lunes sur monblogue littérature
ce n'est pas la démocratie qui est a mettre en cause. Le royalisme, le communisme, la dictature, l'anarchie des hommes devenus ennemis des hommes,sont des impasses sociologiques, et par voie de conséquence, écologiques. Les anglosaxons (pas tous) confondent les principes d'économie libérale avec la démocratie, les imposant comme modèles intransigeables de réussite. Cete déviance de la pensée civilisatrice est la cause d'à peu près tous nos problèmes de vivre ensemble. Le marché devrait être encadré par des lois qui empêchent l'exploitation de chacun par chacun, ceci dans le simple but de rendre vivables nos échanges de productions entre être humains - et donc d'inciter nos territoires à preserver leurs milieux naturels, afin de continuer d'échanger leurs produits sur le long terme. cqfd


Commentaire écrit le lundi 14 avril 2008 à 12:39:48 (lien)
L\'avocat du Diable
C'est la démocratie qui permet aux capitalistes de devenir sauvages. L'idéal est peut-être quelque chose entre les deux.


Commentaire écrit le dimanche 13 avril 2008 à 16:20:07 (lien)
le chat
La démocratie n'est pas dangereuse. Ce sont plutôt ceux qui enprofitent en son nom.....
Parce que même un dictateur "vert" causerait des stupidités....
Rien n'est parfait.

Plutôt que de viser la démocratie, il faudrait viser le capitalisme pur qui consiste à exploiter tout ce qui est exploitable afin de faire un max de fric, ce qui donne droit à toutes les actions possibles sans avoir le moindre remord.....


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